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EDF: Défauts et arrêts de réacteurs nucléaires, objectif abaissé

EDF a annoncé mercredi avoir détecté des défauts à proximité de circuits de refroidissement de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne), ce qui va contraindre le groupe à prolonger son arrêt pour réaliser des travaux et à interrompre la production de la centrale de Chooz (Ardennes), équipée du même type de réacteurs.

La prolongation de l'arrêt des deux réacteurs de Civaux et la mise à l'arrêt des deux unités de Chooz entraînent pour EDF une perte de production d'environ 1 térawatts-heure (TWh) sur la fin de 2021 et le conduisent à revoir son estimation d'Ebitda, aux prix de marché actuels, dans une fourchette comprise entre 17,5 et 18 milliards d'euros, alors qu'il tablait précédemment sur un chiffre supérieur à 17,7 milliards.

Le groupe a précisé dans un communiqué que les défauts détectés à Civaux, lors du réexamen périodique de la centrale ("visite décennale"), étaient situés à proximité de soudures des tuyauteries des circuits d'injection de sécurité, des systèmes de sauvegarde permettant d'assurer le refroidissement des réacteurs en cas d'accident.

Selon une source au fait du sujet, les défauts sont liés à une corrosion anormale des équipements, une information qu'EDF n'a pas souhaité commenter.

Après avoir informé l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le groupe a décidé de remplacer les pièces concernées à Civaux, ce qui prolongera l'arrêt du réacteur n°1 jusqu'à fin avril - au lieu de début mars - et celui du réacteur n°2 jusqu'à fin mars - au lieu du 24 décembre - selon les données diffusées par RTE.

"A titre préventif" et en vue d'une série de contrôles, EDF procédera à la mise à l'arrêt du réacteur n°2 de la centrale de Chooz jeudi et du réacteur n°1 samedi, pour des redémarrages prévus le 23 janvier.

LA SÉCURITÉ D'APPROVISIONNEMENT FRAGILISÉE

Ces indisponibilités des quatre réacteurs de 1.450 mégawatts (MW) du parc français risquent de fragiliser la sécurité d'approvisionnement en électricité du pays alors que le gestionnaire du réseau de lignes à haute tension, RTE, a prévenu en novembre qu'une "vigilance particulière" s'imposerait cet hiver, notamment en janvier et février, en cas de vague de froid et "de conditions défavorables sur le parc de production".

RTE avait indiqué en novembre qu'il actualiserait ses prévisions pour le système électrique français fin décembre et courant janvier pour prendre en compte les dernières informations sur la disponibilité des réacteurs nucléaires et les prévisions météorologiques.

La disponibilité du parc nucléaire français a souffert ces dernières années des visites décennales des installations mais aussi de la crise sanitaire du coronavirus, qui a contraint EDF à revoir en profondeur son programme de maintenance.

Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, chargée de l'Industrie, a estimé mardi lors d'un colloque sur l'électricité que la France devait "relever (son) niveau d'exigence" en matière de disponibilité de son parc nucléaire.

Mercredi, environ 25,3% des capacités du parc nucléaire français étaient à l'arrêt.

La détection de défauts à la centrale de Civaux intervient alors qu'Emmanuel Macron a annoncé début novembre son intention de relancer la construction de réacteurs nucléaires en France, sans toutefois préciser le nombre ou le type d'unités envisagées, ni leur financement.

(Reportage Benjamin Mallet, édité par Jean Terzian)

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